Planter un arbre, ça compense ?

La plupart des activités humaines rejettent du CO2. Même le train rejette en moyenne 14g de CO2/passager/km, ce qui est cependant 20 fois moins qu’un moyen courrier. Plus largement, l’industrie ou les services s’appuient sur une pollution directe en carbone, ou achètent des produits ou services qui ont nécessité une pollution antérieure.

Quand une organisation prend la décision d’équilibrer son impact sur la planète, elle cherche à ne pas consommer plus qu’elle ne produit. En réalité, il s’agit souvent de compenser a posteriori les actions qui impactent négativement l’environnement.

Ainsi, Google a pris la décision d’acheter et de réinjecter dans le réseau électrique une quantité d’électricité produite à partir d’énergie renouvelable égale à celle consommée par ses bureaux et ses data centers. Une compensation réussie depuis 2017 ! [1]

Mais on parle ici de compensation de consommation électrique, pas de rejets directs ! Il faut pouvoir investir dans des projets qui ont pour but d’enlever du CO2 de l’atmosphère, et pour l’instant le plus simple reste de planter des arbres.

Des forêts optimisées

L’ambition est donc de planter des forêts qui permettent d’absorber du CO2 le plus efficacement. Ainsi, avoir une approche « à l’arbre » ne suffit pas : c’est toute la forêt qu’il faut penser. Certaines essences d’arbres sont plus efficaces pour stocker du carbone, mais les varier est encore plus important. Le système racinaire, notamment, se développe alors beaucoup plus profondément, stockant de 30 à 100% plus de carbone. [2]

L’enjeu est d’autant plus important lorsque ces forêts remplissent des objectifs plus larges : préservation de la biodiversité (Amazonie) ou recul de la désertification (Sahel). Les opérations de plantation se multiplient dans le monde pour répondre justement aux problèmes affectant directement les hommes, en Ethiopie ou en Australie. Mais pour le moment, dés que la forêt entre en conflit avec des logiques économiques court-termistes, elle perd (Brésil, Bornéo).

Ainsi, la plupart des organisations leaders de la compensation carbone se sont positionnées sur des forêts éco-gérées et dans les parties du monde où elles ont le plus d’impact. On peut citer la Arbor Day Foundation, soutenue notamment par l’initiative #teamtrees, ou des initiatives plus larges : le programme Plant for the Planet d’Accor, qui utilise les économies de la réutilisation des serviettes pour planter des arbres autour de leurs hôtels, ou le moteur de recherche Ecosia, qui réinvestit tous ses bénéfices pour planter des arbres.

Un impact réel mais limité

Mondialement, le marché de la compensation carbone a permis d’éviter l’émission de 42 millions de tonnes d’équivalent carbone en 2018 [3]. Ramené au carbone émis par les 95 millions de barils de pétrole consommés par jour [4] (10,3 millions de tonnes de CO2 [5]), cela correspond à 4 jours de consommation de pétrole par an « évités » grâce à la compensation carbone. A la fois non négligeable mais loin du compte…

A ce titre, les initiatives collectives sont intéressantes : on pense au #teamtrees qui a pour but de planter 20 millions d’arbres avant la fin de l’année. C’est une bonne occasion de réaliser une compensation carbone personnelle en donnant assez pour compenser ce que l’on rejette. Il faudrait planter 540 arbres pour compenser les rejets en CO2 du français moyen. [6]

Des alternatives se développent depuis quelques années, autour de la captation de carbone [7]. Les technologies s’améliorent et se différencient sur l’utilisation à faire ensuite du carbone récolté, quand il n’est pas simplement stocké dans le sol. Ainsi, Climeworks en Suisse l’utilise pour fabriquer de l’engrais, quand Carbon Engineering en fait du carburant [8]. À ce stade, il est difficile de connaître le potentiel de ces innovations, qu’il ne faudrait donc pas représenter comme des solutions parfaites [9].

Compenser et réduire

Il ne faut pas voir la compensation carbone comme une solution miracle. Le rythme de notre système économique et la consommation d’hydrocarbures rejettent bien plus de CO2 que la Terre n’est capable d’absorber [10], et même une compensation carbone bien plus démocratisée ne pourrait changer cet état de fait sans remise en cause de nos façons de produire et consommer.

Cependant, bien que la compensation carbone soit une solution qui traite des conséquences sans gérer les causes, elle n’en reste pas moins une solution. Elle fait partie de ces nouvelles habitudes que les habitants des pays développés doivent prendre. Nous devons à la fois réduire nos émissions non nécessaires et compenser celles inévitables. Ce sont finalement les deux extrémités d’un même problème.


Sources et précisions :

[1] Google achète ainsi de l’énergie propre à un producteur d’énergies renouvelables, la revend au réseau électrique au prix du marché et applique les Certificats d’Energies Renouvelables (CER) à l’énergie non-renouvelable consommée dans leurs data centers. https://www.google.com/about/datacenters/renewable/

[2] Un autre exemple : « Dans un scénario à 2°C, voire 1,5°C, on ne peut pas faire l’économie de planter des arbres mais il ne faut pas le faire n’importe comment, explique Arnaud Gauffier, co-directeur des programmes du WWF France. Si on ne plante par exemple que des épicéas à croissance rapide en monoculture, on risque d’obtenir l’effet contraire car ces forêts sont beaucoup moins résilientes à la sécheresse, aux feux de forêts ou à certains parasites. Elles risquent dès lors de ne plus jouer leur rôle de puits de carbone, et pire encore, de relâcher du CO2 dans l’atmosphère. »

[3] https://www.forest-trends.org/publications/voluntary-carbon-markets/

[4] Soit un baril haut de 76 000 km !

[5] https://www.picbleu.fr/page/tableau-comparatif-emission-co2-energie-fossile-et-renouvelable

[6] Un arbre absorbe en moyenne 22 kg de CO2 par an, et le français moyen rejette 11,9 tonnes de CO2 par an du fait de ses activités.

[7] Un arbre stocke entre 10 et 50 kg de CO2 par an (le maximum étant atteint quand l’arbre croît), la moyenne se situant à 22 kg. Chaque filtre d’une innovation comme Climeworks peut en absorber 50 tonnes, alors même qu’ils ne sont pas situés à la source de pollution, comme la plupart des initiatives de captation de carbone (cheminées d’usine, etc.). Il est toutefois difficile de savoir quelle solution est la plus efficace pour l’environnement pour un même investissement économique.

[8] On n’est alors plus vraiment dans la compensation carbone mais plutôt dans la fabrication d’un carburant à l’empreinte carbone neutre.

[9] Les investissement économiques sont colossaux pour une captation comme Climeworks : deux millions d’euros pour 18 filtres ! Cela permet de nuancer la faisabilité de l’ouverture de 750 000 usines du même type, souhaitée par le cofondateur, ce qui capterait tout de même 1% des émissions mondiales de CO2.

[10] Bien que techniquement nous avons la place sur Terre pour planter 1000 milliards d’arbres sans empiéter sur les terres agricoles, les lieux d’habitation et les forêts existantes. Cela permettrait d’absorber 25% des émissions de CO2 annuelles. Cela est peu envisageable dans la pratique pour certains territoire (Sibérie, Canada) mais le potentiel existe. Un article de Science très intéressant ici.

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